C’est l’histoire d’un jeune loup qui ne doute de rien et qui s’est cru intouchable. Tout puissant. Dalongeville-cons-munic

    Un petit baron local qui, un beau matin, se fait arrêter comme un vulgaire petit trafiquant de drogue. Mais c’est aussi l’histoire d’un nouveau désenchantement. En 2001, la candidature de Gérard Dalongeville avait fait naître un espoir, la promesse d’un changement. En 2003, le maire d’Hénin-Beaumont était aux côtés des 830 salariés de Métaleurop et vilipendait les « patrons voyous ». Et voilà qu’en 2009, il se fait prendre la main dans le sac pour détournements de fonds publics. Après les patrons voyous, le maire ripou ?

     

    L’affaire Dalongeville a été un puissant accélérateur dans l’ascension de Steeve Briois. De 2001 à 2009, soit pendant la période où M. Dalongeville exerça ses fonctions de premier magistrat d’Hénin, le candidat du Front national est passé de 18% à 47% des voix aux élections municipales.

    Gérard Dalongeville sera naturellement l’un des protagonistes de Bassin miné, car il est l’une des pièces-maîtresses pour comprendre la percée du Front national à Hénin-Beaumont.

    L’ancien maire et actuel candidat aux municipales de mars 2014, 43 ans, a déjà un long passé en politique. Précoce, il prend sa carte au Parti socialiste à 18 ans. Nous sommes en 1988, la « Génération Mitterrand ». L’année suivante, il est candidat aux municipales à Ervillers, près de Bapaume (Pas-de-Calais) et est élu conseiller municipal.

    En 1991, grâce à son entregent dans les cercles socialistes du Nord, le jeune homme est embauché par Pierre Darchicourt, le maire d’Hénin, sur les conseils de Daniel Percheron, en qualité de chargé de mission sur les questions régionales.

    Rapidement promu chef du cabinet du maire, grâce à son énergie, sa puissance de travail et son pouvoir de séduction, il s’impose comme le dauphin de Darchicourt. Mais, à la différence de son mentor, le sympathique Gérard ne se contente pas de gérer les dossiers dans la pénombre de son cabinet. Il sort, se montre sur le marché, participe à toutes les festivités, s’invite aux thés dansants des retraités, apporte une gerbe de fleurs aux enterrements, adresse ses vœux de bonheur aux mariés et aux jeunes mamans. Son côté « bon copain » fonctionne à merveille. Sa popularité grandit au fur et à mesure qu’il tisse sa toile, tandis que celle du maire ne cesse de dégringoler. Le jeune homme se dit alors qu’il y a un « coup à jouer » et annonce qu’il est candidat, contre son parrain, aux municipales de 2001. Son slogan de campagne : « Transparence et citoyenneté ! »

    Le parricide est exclu du Parti socialiste mais n’en a cure. Aux électeurs, il promet tout : une université, des tribunes pour le stade de foot, des travaux de voirie, sans parler des promesses d’emplois et de logements faites aux uns et aux autres. Proximité et clientélisme !

    A la surprise générale, la liste Dalongeville arrive largement en tête au premier tour des municipales, avec 35 % des suffrages, suivi de très loin par le maire-sortant (22 %) et par Steeve Briois (18 %), candidat sous l’étiquette MNR de Bruno Mégret.

    Pour l’emporter, il ne recule devant rien. Un soir, entre les deux tours, il donne rendez-vous à Steeve Briois sur le parking de la zone commerciale pour lui proposer une sorte d’entente secrète, un front commun anti-Darchicourt. La Voix du Nord rend publique « l’affaire Babou », en référence à l’endroit où a eu lieu la rencontre.

    Ayant réussi à fédérer, derrière sa candidature, le camp des « anti-Darchicourt », Gérard Dalongeville l’emporte triomphalement au second tour, avec 57 % des voix. Conseiller municipal à 19 ans, maire à 31 ans. Belle percée !

    Mais l’état de grâce sera de courte durée. Après seulement un an de mandat, des élus de la majorité se plaignent de voir la « dérive monarchique et autocratique » reprendre ses droits en mairie. D’autres s’inquiètent de la légèreté avec laquelle le maire gère les finances de la commune, alors que les caisses sont vides et que la ville est déjà surendettée. Contre l’avis de son adjoint aux finances, Gérard Dalongeville contracte successivement deux nouveaux emprunts (de 13 millions d’euros chacun) et embauche à tour de bras : 200 nouveaux agents municipaux sont recrutés, essentiellement sous forme d’emplois précaires, dans un pur souci de clientélisme.

    
    
    
    
    
    
    
    
    
    
    Hénin-Beaumont. En mars 2003, j’avais assisté à une séance du conseil municipal. A l’époque, Gérard Dalongeville était le maire et Steeve Briois, son principal adversaire. Cette scène n’a rien d’exceptionnel. La présence d’une caméra, ce jour-là, a peut-être fait monter d’un cran l’âpreté des débats, mais aujourd’hui encore, c’est dans cette ambiance de cours de récréation que se déroulent la plupart des conseils municipaux.

    Dès 2003, les juges de la chambre régionale des comptes tirent la sonnette d’alarme et menacent de placer la commune sous tutelle. Acculé, Gérard Dalongeville décide d’augmenter de 45% les impôts locaux, et de 85 % la taxe d’habitation.

    Ce qui ne l’empêchera pas d’être réélu, haut la main, aux municipales de 2008. A l’initiative du Parti socialiste et de presque toute la gauche, l’union sacrée autour de Gérard Dalongeville se réalise, chacun restant silencieux sur la gestion du maire sortant pour ne pas faire gagner le Front national.

    Le 7 avril 2009, la vie du maire d’Hénin-Beaumont bascule. Gérard Dalongeville sort de l’hôtel de ville, encadré par trois policiers et un magistrat du parquet de Béthune. Il est placé en garde à vue. Cela avait commencé au petit matin par un réveil en sursaut au domicile de l’édile, où les enquêteurs saisiront des documents confidentiels et pas moins de huit téléphones portables. La perquisition se poursuit par la visite du bureau du maire, où les enquêteurs de la brigade financière découvrent, dissimulé sous le buste de Jean Jaurès, un coffre-fort contenant 13 000 € en espèces.

    Le 9 avril, à l’issue de 48 heures de garde à vue, la procureure Lamy met en détention provisoire le maire d’Hénin-Beaumont. Parmi les chefs d’accusation : faux en écriture et usage de faux, détournements de fonds publics, favoritisme et recel de favoritisme.

    Des élections municipales partielles sont immédiatement convoquées. Au premier tour du 28 juin 2009, la liste de Briois arrive en tête avec 39,34 % des voix, le FN gagnant 800 nouveaux électeurs par rapport aux municipales de 2008.

    Au second tour, Daniel Duquenne (l’ancien secrétaire de la section PS d’Hénin-Beaumont, classé à présent divers-gauche) l’emporte avec 52,38 % (6 054 voix), contre Steeve Briois (47,62 %, soit 5 504 voix) qui réalise, ce soir-là, son plus beau score. « Il y a des défaites qui sont extrêmement honorables et celle-là en fait partie », fanfaronne devant les caméras Marine Le Pen, en deuxième position sur la liste de Briois.

    Sorti de prison huit mois plus tard, placé sous contrôle judiciaire avec l’interdiction de remettre un pied à Hénin, Gérard Dalongeville trouve refuge chez sa mère dans les Vosges. C’est là qu’il écrit Rose mafia, publié en février 2012, livre dans lequel il règle ses comptes avec la Fédération socialiste du Pas-de-Calais, et particulièrement son patron, Jean-Pierre Kucheida.  

    Dalongeville joue les repentis et dénonce « un système pourri jusqu’à la moelle », les commissions versées au PS par des entreprises du Nord pour obtenir des marchés publics ; les comptes au Luxembourg, l’enrichissement personnel d’élus socialistes, le clientélisme, le népotisme.

    En août 2013, le Tribunal correctionnel de Béthune le condamne à trois ans de prison ferme pour détournement de fonds publics, favoritisme, faux et usage de faux, à 50 000 € d’amendes et à cinq ans d’inéligibilité. Gérard Dalongeville fait aussitôt appel, rendant suspensive la décision, ce qui l’autorise aujourd’hui à se représenter.

    Steeve Briois a un bel avenir parce qu’il a des alliés de poids.

    A Hénin-Beaumont, le succès du Front national est d’abord le fruit d’un désastre : celui de la gauche !

    A suivre

     

     

    6 commentaires sur “Vidéo. Gérard Dalongeville : le revenant (1)

    1. « A Hénin-Beaumont, le succès du Front national est d’abord le fruit d’un désastre : celui de la gauche ! » Je dirais pas seulement, c’est aussi celui d’une droite républicaine qui aujourd’hui, les analystes et politologues le soulignent, voit une partie de son électorat se radicaliser. Qu’en est-il plus précisément à Hénin-Beaumont, ville socialistes depuis 1953? Indiscutablement l’affairisme de l’ancien maire socialiste s’ajoutant à toutes les autres affaires médiatisées ont décrédibilisé cette gauche (et donc pas toute la gauche). Pour autant à Hénin-Beaumont nous avons assisté aux différentes séquences d’un PS en crise, subissant échec sur échec, puis remontant la pente pour retrouver sa pôle position contredisant une fois plus toutes celles et ceux qui imprudemment nous annonçaient la mort du PS. Mais la crise de la politique (en générale) aidant, c’est un Front national « relooké » qui nous renvoie cette crise de « la gauche ». Mais cette crise de la « gauche » manifeste plusieurs symptômes. On ne peut pas dire que l’effacement progressif du PCF à Henin-Beaumont comme partout en France soit du à « l’affairisme » au clientélisme ( pratique existant aussi dans ce parti). On ne peut pas dire que l’extrême gauche, certes négligeable en tant que force politique, soit aussi, au même titre qu’un PS affairiste et « ripou », responsable du champs de ruine dans lequel se trouve aujourd’hui la gauche localement. Parachuter Jean-Luc Mélenchon à Hénin-Beaumont pouvait être une bonne réponse pour obtenir un sursaut. Ce fut en partie obtenu avec l’obtention de son score aux dernières législatives sur la seule ville d’Henin-Beaumont, mais l’on aura surtout retenu qu’il fut éliminé pour le second tour et que le PS est arrivé en tête. La situation est donc très complexe, encore plus la désaffection et la fidélité d’un électorat vis-à-vis d’un parti, plus encore vis-à-vis d’un candidat. En effet, le ralliement, pour cette municipale, du PCF dans la liste du maire sortant, refusant à l’électeur de gauche un autre choix que celui qu’on lui propose soit le maire sortant (centriste soutenu par le PS) ou l’ancien maire Dalongeville, n’a pu que réjouir un Steeve Briois (FN) dont les chances de l’emporter sont très probables maintenant. Il est clair que cette nouvelle « popote électorale » de la part du PCF local et fédéral contribue à nourrir la désaffection de l’électorat de gauche qui par définition ne devrait pas, sinon aux marges, bénéficier au FN et plaide pour un diagnostic global. En revanche, il confortera celles et ceux qui depuis quelques années se sont réfugiés dans l’abstentionnisme et qui ont envie de tester, par le biais d’un vote « pour Steeve » le FN. Pour conclure, je dirais que de nombreux facteurs expliquent la montée du FN : les manifestations locales de la crise du politique, la décrédibilisation des gauches, la radicalisation d’un électorat de droite, l’adhésion à l’idée que le FN de Steeve Briois et de Marine Le Pen est plus acceptable que celui des fondateurs de ce parti d’extrême droite…Tout cela interagit sur ce champs de ruines. Mais n’oublions pas que le FN « bleu Marine » interagit aussi en tant que force politique et qu’il a su, aussi, en tirer tous les bénéfices politiques pour accréditer localement une stratégie à visée nationale. Il se joue à Hénin-Beaumont la stratégie de conquête d’un parti. C’est bien pour cela que l’équipe de Bassin miné s’est engagée avec Edouard Mills-Affif pour faire ce film.

    2. LES SOCIALISTES NE SONT PAS DES GENS DE GAUCHE et je déplore fortement que VOUS mettiez dans le même panier, des crabes comme ce Delongeville avec tous ceux qui se battent pour le passage à une politique véritablement tournée vers le bien-être des individues; La justice, le partage du travail et des richesses qu’il génère, le respect de notre environnement et celui des générations humaines futures.

    3. LES POURRIS SONT LA FAMILLE LE PEN EN TRAIN DE DEPOUILLER SUR SON LIT DE MORT M. LAMBERT, PAUVRE VIEUX N AYANT PLUS SA CONSCIENCE

      FN = POURRIS DE CHEZ POURRIS

    4. les villes dirigées par la gauche communiste , éjectée par les socialistes ou leurs satellites , pour ne rien changer et provoquer une réaction qui aboutie au FN ? ………bravo le PS. Il doit retourner au 5% de 69. 5 ? Que dis je !!! 5 – 4 – 3 – 2………

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