2012, année présidentielle. En juin, les législatives à Hénin-Beaumont focalisent l’attention des médias nationaux.les coulisses du combat

    23 mai 2012. Je me lève en sursaut, après avoir entendu une brève dans le journal de 7 heures de France inter, annonçant la candidature de Jean-Luc Mélenchon dans la XIe circonscription du Pas-de-Calais. La nouvelle se répand sur les ondes, avec cette même accroche répétée en boucle : « Le leader du Front de gauche défie Marine Le Pen dans son fief d’Hénin-Beaumont ».

    L’arrivée tonitruante du tribun du Front de gauche allait-elle suffire, en seulement un mois de campagne, à balayer dix ans d’omniprésence du FN sur le terrain ? Après la conquête du Front national, l’An Un de la reconquête de la gauche ? Mélenchon, le grain de sable venant gripper la mécanique frontiste ?

    Je suis parti filmer ce duel homérique (et ce cirque médiatique), mais en changeant l’axe de ma caméra, en me mettant, cette fois, du côté des opposants au FN.

    Je voulais montrer ceux que l’on ne voyait jamais dans les reportages des journaux télévisés et d’Envoyé spécial sur Hénin-Beaumont. Je voulais rendre visible cet angle mort médiatique, constitué par tous les héninois non-électeurs frontistes. Hénin-Beaumont n’est pas « facholand », ce n’est pas le « fief de Marine Le Pen » qui n’a, pour l’heure, jamais emporté le moindre scrutin local.

    Si Steeve Briois a en effet conquis près de la moitié de l’électorat héninois, il reste l’autre partie, celle qui continue, malgré tout, de voter à gauche, sans compter la forte minorité silencieuse des abstentionnistes. Cette moitié-là, répudiée médiatiquement mais pourtant majoritaire, n’a étrangement jamais voix au chapitre. Seuls les anciens électeurs communistes et socialistes, ayant basculé vers le FN, suscitent la curiosité des journalistes.

    Je me suis mis alors en quête d’un personnage capable d’incarner la résistance au Front national. Ce personnage emblématique, je l’ai trouvé grâce à Pascal Wallart, le chroniqueur de La Voix du Nord. Un midi, il m’emmène manger à la « frite militante », la friterie située juste en face de l’église, et me présente la patronne, Marie-Françoise Gonzales. Ici, tout le monde la connaît. Bien plus qu’un petit commerce, la friterie Gonzalez est une agora où l’on vient discuter le bout de gras politique, en engloutissant un sandwich américain-mayo, une barquette de frites arrosées de vinaigre ou des fricadelles.

    Marie-Françoise Gonzalès

    Marie-Françoise Gonzalès

    Cachée derrière ses grosses lunettes à branches rouges, Marie-Françoise ne manque pas une occasion de tacler le Front national. D’autant que l’emplacement stratégique de sa friterie en fait une observatrice privilégiée de la vie politique locale. Dans son échoppe, elle voit défiler toute la ville, à l’exception de Steeve Briois, qui passe au large de son commerce comme on évite un animal sauvage.

    Petite-fille de républicains espagnols, réfugiés à Hénin-Liétard en 1939, cette cinquantenaire au verbe haut et au tempérament sanguin, s’est mise pour la première fois de sa vie à distribuer des tracts, à coller des affiches et à faire du porte à porte dans les anciennes cités minières, pour le compte du Front de gauche et du candidat Mélenchon.

    On la retrouve ici entre les deux tours des législatives de juin 2012. Jean-Luc Mélenchon vient d’être éliminé, battu de quelques centaines de voix par Philippe Kemel, le candidat socialiste. Marine Le Pen est arrivée largement en tête du premier tour, avec 42 % des voix sur l’ensemble de la circonscription… et 47 % à Hénin-Beaumont !

     

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