30 mars 2014, installation du conseil municipal

    30 mars 2014, installation du conseil municipal

    Le premier conseil municipal d’Hénin-Beaumont a été orchestré comme un grand cirque médiatique. Une autocélébration menée à la baguette par le conseiller Bruno Bilde. 

    Dimanche dernier, on donnait un grand spectacle à Hénin-Beaumont : l’installation du conseil municipal. Un moment crucial pour les nouveaux élus FN, orchestré au milimètre.

    Pour leur entrée sur la scène politique et médiatique, rien n’avait été laissé au hasard. Une salle soigneusement expurgée de ses opposants, bourrée de sympathisants FN, une star (Marine Le Pen) et, bien sûr, les caméras du monde entier. Relégués à l’extérieur, les opposants.

    Le conseil municipal avait été convoqué à 10 heures.

    Marine Le Pen

    Marine Le Pen venue adouber son poulain.

    Depuis 9h30, la foule s’agglutinait devant la mairie. Certains venus en voisins, et d’autres de la région. Des citoyens et des curieux mais aussi des militants rameutés par la nouvelle majorité.

    Soudain, à 9h45, les partisans du FN se passent le mot et entrent dans la mairie en passant par l’entrée administrative, située sur le côté. Devant le bâtiment, anonymes, citoyens ordinaires et militants de l’opposition attendent qu’on leur ouvre les portes. Mais la maison commune reste close. La porte d’entrée aurait été fracturée pendant la nuit (elle sera ouverte un peu plus tard dans la matinée). Comment entrer ? C’est une réunion publique, ouverte à tous les citoyens, pourtant il flotte un parfum d’exclusion.

    En fait, pour entrer dans la grande salle de la mairie, il faut passer par la petite porte… et montrer « patte blanche ». Bruno Bilde fait le filtrage avec la police municipale. Pour maîtriser l’événement, il a choisi son public : les amis, les sympathisants, pour faire la claque, et les médias pour assurer le show.

    Dans un coin, on trouve quelques opposants venus soutenir les 6 conseillers municipaux (le 7e, Gérard Dalongeville, avait annoncé qu’il ne siégerait pas ce jour-là) qui vont affronter les 28 conseillers Front national dans une salle chauffée à blanc. Atmosphère pesante.

    Pour son installation, Briois n’a pas choisi la solennité qui accompagne généralement cette occasion. C’est en fanfare qu’il se présente à ses partisans et aux caméras.

    Et lorsque vient le temps de s’exprimer pour les nouveaux opposants, le public, tout acquis au FN, n’a de cesse de les invectiver.

    Eugène Binaisse

    Eugène Binaisse, l’ancien maire, forcé de lire sous les ricanements du public.

    C’est sous les quolibets que l’ancien maire, Eugène Binaisse, prend la parole. On le moque, on en rit, on le siffle pendant sa déclaration. Ses mains tremblent sous la pression. Il se cramponne à sa feuille. Dans l’assemblée, Marine Le Pen l’imite, et fait le pitre.

    Un peu après, c’est une autre sorte d’intimidation à laquelle est confrontée Marine Tondelier, la chef de file des écolos. Alors qu’elle demande la parole, un type planté dans son dos lui souffle des insultes, fait des singeries et l’empêche de parler. Exaspérée, elle lui demande de se calmer. C’est elle qui passe pour l’énervée ! Un comble.

    Côté presse, là où l’on pourrait s’attendre à être maintenus derrière des cordons de sécurité, on se retrouve avec nos caméras en plein milieu de la salle, sur le parquet. Libres d’évoluer à notre guise, de montrer, de filmer, jusque sous le nez des nouveaux élus, pour leur plus grande gloire. Et tous s’en donnent à cœur joie, prenant place devant le public. Insouciants du fait d’être possiblement manipulés : « Régalez-vous ! », « Filmez-nous ! » « Vous en voulez encore ? »

    Parmi les militants qui restent à l’extérieur, le vice-président de SOS-Racisme, Ibrahim Sorel Keita, cherche à entrer.

    Le commissaire de police qui tient la porte lui demande : « Avez-vous votre carte ? » (sous-entendu, la carte du FN). Réponse négative de M. Keita, qui essaie d’entrer. En vain. Devant l’insistance du citoyen venu assister à l’événement, l’officier de police lui lance: « Ecoutez, monsieur, je fais ce que je veux, je suis chez moi ici. »

    A l’orée de la salle, Marie-Françoise Gonzales, à qui la présidente du FN a donné le sobriquet de « Vilaine », la petite brune têtue aux lunettes rouge, que les habitués de la Frite militante surnomment affectueusement la « Résistante », tente une entrée. Bilde demande de la faire sortir : « Dégagez la. Elle va pas nous faire chier celle-là », peut-on l’entendre ordonner aux vigiles du FN.

    Marie-Françoise Gonzales

    Marie-Françoise Gonzales, empêchée d’assister à la séance.

    La dame est reconduite manu militari vers la sortie et expulsée de l’hotel de ville.

    En attendant, pari réussi pour les nouveaux élus : aucune fausse note dans l’intronisation. Une salle à l’unisson, des hourras, des flashes et des médias instrumentalisés. Le lendemain à la télé, on pourrait croire que 100 % des Héninois ont voté FN.

    S’il y a bien une chose que l’extrême droite maîtrise, c’est l’art de la mise en scène.

     

     

     

    Une commentaire on “Le Briois show ou l’art de l’autocélébration

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>